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Il y a 8 ans, je débutais une formation pour devenir Professionnel de l'animation. J'étais stagiaire BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l'Education Populaire et Sportive) à la Maison de Quartier St Siméon d'Auxerre.

Je voulais absolument être dynamique et pas seulement observer. Alors après 2 mois entre école et MQ j'ai proposé un projet à mon responsable Denis et ma directrice de structure. J'avais remarqué que peu de jeunes venaient à la Maison de Quartier mais beaucoup étaient présent le mercredi après-midi pour jouer au football avec Pascal Vahirua (ancien International français et pro de l'AJA). Il travaillait à l'époque pour le service Sport de la ville.

Je suis donc allé à la rencontre de ces jeunes pour leur proposer un projet vidéo sur le football. Sept jeunes ce sont manifestés. Il y avait tout à faire. J'avais des idées mais je voulais absolument qu'ils soient acteurs de leur projet.

Au final le projet s'appellera "Le football, un sport collectif, culturel et d'échange". Le projet devait durer 3 mois, il a en fait duré 1 an et demi. Pourquoi ? Grace aux jeunes. Ils se sont impliqués de manières incroyables. Quand ils avaient 1h de cours en moins, ils m'appelaient "Kevin on va faire des interviews j'ai pas anglais de 10 à 11h". Et hop, on y allait. 

Dans ce projet il n'y a pas eu que le documentaire. On a réalisé un tournoi de foot inter-quartier le jour de la finale de l'Euro 2008 où des jeunes de Nevers, Quétigny, Dijon, et Auxerre étaient présent sur toute la journée. Puis, le soir, on a regardé la finale de l'Euro autour d'un petit buffet. Ensuite, on les a emmenés voir un match de l'Equipe de France contre la Colombie et visiter le Stade de France. Nous sommes alors en mai-juin. Deux mois de vacances arrivent et je suis persuadé que les jeunes vont perdre de l'enthousiasme. Eh ben non.

En septembre ils reviennent prêt à terminer le documentaire, "Quel est l'impact de l'AJA au sein de la ville". On va rencontrer Jean Fernandez , Guy Roux, les joueurs, Jean-Claude Hamel et un tas de commerçants. Le projet commence à faire du bruit. L'Yonne Républicaine puis France Bleu s'y intéresse avec mon ami (maintenant) Bruno Blanzat. Et c'est au tour d'Alexandre Ruiz (Europe 1) de nous recevoir lors d'un multiplex. Adorable.

Le documentaire se termine avec 5h de rush. Il faut faire le montage et trouver 23 bonnes minutes. L'AJA nous autorise à exploiter des images de leur DVD. Et puis l'apothéose arrive, on nous propose de diffuser le documentaire au cinéma d'Auxerre suivi d'un débat. Nous sommes en mars 2009 et 200 personnes sont venues. Certains ont même payés 2€ pour être avec nous. France 3 Bourgogne est là et nous interview.

Je suis fier. Pas de moi, mais de mes jeunes. C'est grâce à eux tout ça. Bon, un peu aussi grâce à moi. On a eu 500€ de budget pour tout réaliser. J'ai utilisé mon camescope et mon ordinateur perso. J'ai fait des heures qui n'ont jamais été rémunérés mais je m'en fou. Le résultat est là. Cela n'a pas toujours été facile.

Comme ce jour où on entre dans un bar pour interviewer le gérant et des gens. Je laisse toujours les jeunes avancer et se présenter. Ce jour-là, ils n'ont même pas le temps de dire quoi que ce soit, qu'on les agresse. "Tu fais quoi ici ?", "Tu viens de quels pays ?". On sent des personnes orientés cotés FN, racistes. Forcément j'ai des magrébins, des jeunes de couleurs.

Je prends vite le relais, je veux épargner mes jeunes.  "C'est quoi ce genre de question ?" dis-je au gérant. Il m'agresse verbalement et me dis "t'es qui toi ? Sort avec tes copains". Je lui répond que je suis éducateur, leur animateur et non leur copains. J'explique pourquoi on est là mais je décide de repartir pour débriefer avec mes jeunes. Il se retrouve tout bête d'un seul coup. Cela a été violent pour les ados. Des gamins qui ont entre 13 et 17 ans, c'est honteux qu'ils aient vécu ça. J'interpelle mes responsables, je ne peux pas laisser ces gens se comporter comme ça.

On discutera longuement avec les jeunes. 

 

 

Enfin pour terminer, ce qui est positif là-dedans c'est que l'un des 6 a été pris par la boutique de l'AJA afin qu'il continue ces études de commerces en alternance. Quatre autres ont intégrés "Famille AJA" pour mettre l'ambiance dans les tribunes. Un projet qui leur aura ouvert quelques portes.

Mon seul regret est de ne pas avoir pût faire la suite comme cela avait été évoqué avec la Municipalité. Mais j'aimerais pouvoir le faire. Savoir ce qu'il y a après l'AJA, comment les joueurs vivent après leur passage chez les bleus et blanc. Et puis j'adorais continuer ce genre de documentaire et pourquoi pas avec des jeunes d'autres clubs, d'autres villes. Encore faut-il qu'une Mairie ou un média me donne l'opportunité de le faire.

Pendant 8 ans, je n'ai pas trop mis en avant ce projet. Aujourd'hui, par le biais de mon blog je voulais rendre hommage à mes jeunes. Leur dire que je suis fier d'eux et d'avoir partagé ces moments avec eux. Quand je regarde ce doc, je suis toujours très ému car c'était le début de ma carrière professionnel. Mais aujourd'hui ma santé risque de m'enlever tout ça.

Alors merci à tous. A vous mes ptits jeunes, à Guy Roux, Baptiste Malherbe, Johan Radet, les commerçants, la Mairie d'Auxerre, JC Hamel, Denis et tous les autres.

Et svp, regardez jusqu'au bout. Vraiment ça vaut le coup.

PS : Ce projet m'a permis de rencontrer Jean Fernandez qui pendant 40 mn s'est confié à nous en parlant des Butelle, Zizou, Ribéry, Sagna ou Kaboul. J'ai toujours gardé ces 40mn secrètes par respect pour lui. Mais putain, quel témoignage. 

1ère partie :

 

2ème partie :

 

Quelques photos :

 

Teamkeke