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Où suis-je ? (Sous le maillot de Courson-les-Carrières)

J'aurais 37 ans le 12 mars prochain et à aucun moment après tout mes problèmes de santé j'aurais pensé rejouer au football. Mais un petit en Come Backe est entrain de se profiler. Mais pourquoi ce sport, ce jeu est si important dans ma vie ?

Le football et moi...

J'ai débuté le football, officiellement, à l'âge de 6 ans en prenant une licence au club de mon village Mailly-le-château dans l'Yonne. Mais le football je ne pouvais y échapper. Mon papa a choisi mon prénom, Kevin, car son joueur de football préféré était Kevin Keegan (International anglais et deux fois ballon d'or). Ma mère n'a pas eu son mot à dire mais je pense que cela lui convenait quand même. Il a poussé le vice jusqu'en refusant de mettre un accent sur le E de mon prénom comme pour le joueur anglais.

Très tôt, j'ai suivi mon papa aux matches et aux entraînements quand nous vivions à Villemanoche près de Sens (Yonne). J'avais à l'époque 3-4 ans. Je me souviens en 1984, en plein Euro, dire à mon père "Papa, papa je sait dire Platini !". Un truc dont j'étais fier pour que mon père le soit en retour. Je jouais au foot dans ma chambre, dans le couloir de chez mes grands-parents et même avec mes GI-Joe je les faisais jouer au foot. Je prenais le dé du Yatzee à ma grand-mère, qui faisais office de ballon de foot, et hop ils étaient Christophe Cocard et Enzo Scifo. Un vrai dingo ! 

Le temps passant le football a pris une place hyper importante dans ma vie, au point que l'on m'a reproché à l'adolescence de n'avoir que ça comme discussion. C'est plutôt vrai mais le football et les copains étaient mon échappatoire, ma façon d'oublier les graves soucis de santé de ma maman dont j'essayais de prendre soin dès l'âge de 8-9 ans et avec qui j'étais très proche. Le football était aussi le sujet, le seul point commun que j'avais avec mon père. Lui, qui à la maison considérait que j'étais "un bon à rien", "un futur SDF". Alors le football était mon oxygène et il me permettait de rester debout, de ne pas sombrer. Hors de question de montrer aux autres ce qui se passait chez moi.

Carte clubber

 Carte de Clubber AJ Auxerre

Ma vie est liée au football bizarrement (ou pas). J'ai rencontré la plus vieille supportrice de l'AJA à l'âge de 11 ans, on était né le même jour (12 mars). On avait 73 ans d'écart et pourtant une amitié s'est construite. Elle était géniale et la seule à croire en moi, à me défendre quand mes parents trouvaient que j'étais un bon à rien. Et en plus elle adorait le football, que demander de plus ? J'ai souffert de son décès en 2006 et pour lui rendre hommage, ma fille à son prénom, Eliane, comme troisième prénom. Puis il y a l'AJ Auxerre dont je suis tombé amoureux et dont mon coeur bat bleu et blanc depuis mes 7-8 ans. D'ailleurs lors de mon coma en 2016 et entre la vie et la mort, ma famille a posé le fanion de mon club de coeur au-dessus de moi dans ma chambre en servce de réanimation. Un geste pour me donner des forces extérieures ? Ils savent au combien j'aime ce club.

Mon papa, que j'aime même si c'est toujours compliqué avec lui, a été mon coach et c'est lui qui m'a donné le goût du foot puis le goût d'entraîner. Très jeune, je claquais mon argent dans l'Equipe et France Football. Du coup je me faisais engueuler par mes parents car je claquais tout pour analyser les schémas tactiques, lire les itws de coaches et pour mieux comprendre le jeu. Déjà à 13-14 ans je donnais des avis à mon père sur ses choix et je faisais les compos de ma catégorie (voir ci-dessous) avant chaque match avec ma propre vision et un 3-5-2 qui me paraissait intéressant (Bielsa m'a tout piqué).

Je n'étais pas un grand footballeur mais je jouais pour me faire plaisir car j'aime ce sport, mon sport. Le football est un art à mes yeux. Et dans les périodes sombres comme les opérations seul à Paris sans famille, sans nouvelles d'eux ou à affronter mon quotidien sans que cette même famille veule que j'en parle, j'aurais pût choisir de m'arrêter à un moment mais le ballon m'a maintenu en vie.

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 Eliane a été à l'Abbé-Deschamps jusqu'à 96 ans

Le foot m'a sûrement sauvé plus d'une fois

Puis à 21 ans je suis tombé gravement malade avec la Maladie de Crohn. Je me souviens avoir dit à mon spécialiste le jour où il m'a annoncé que j'étais très malade "Hors de question que j'arrête le football. Je préfère mourir à 34 ans en me faisant plaisir qu'à 80 en me privant. Avec le foot je me sens vivant". J'avais peur qu'on me prive de cela car j'allais être très fatigué, car j'allais aller 20 fois aux toilettes par jour. Il n'y a aucune contre-indication, bien au contraire le sport est conseillé.

Mais trois ans plus tard il y a fallu arrêter de jouer car ma maladie commençait à faire des siennes. En 2005, je suis à deux doigts de me faire amputer de la jambe droite à cause d'un piodermagangrenosum (lié à mon crohn) puis en 2006-2007 je subis 4 opérations pour des fistules anales. Un arrêt du football entre 2005 et 2010 est obligatoire puis un nouvel arrêt en 2014 avec à nouveau plusieurs opérations, ce qui fait 13 au total en 14 ans. Je me suis donc consacré à encadrer des équipes de jeunes puis d'adultes. Être entraîneur n'a surpris personne. Je me souviens de plusieurs copains "Être entraîneur c'était obligatoire. Depuis gamin on le sait tous que tu le deviendrais". 

Je pourrais écrire un livre sur mon rapport au football et sur toutes les histoires ou anecdotes que j'ai dans ma petite tête. 

Aujourd'hui, j'ai signé une nouvelle licence de joueur. Un come back inattendu ! Pour ceux qui ne le savent pas, il y a 24 mois j'étais mourant puis dans un fauteuil roulant. J'ai ensuite dû vivre avec une stomie pendant quelques mois et j'ai subis quatre nouvelles opérations lors des 18 derniers mois dont la dernière il y a un mois. J'ai reçu l'accord du chirurgien cette semaine de reprendre le sport, le coach de l'équipe 3 m'a demandé de rechausser les crampons. Sans aucune ambition, ni prétention j'ai dit oui. Et même si je ne dois jouer que 15-20 minutes pour aider un peu, ça sera pour moi déjà exceptionnel. Je veux avant tout n'avoir aucun regret.

Père et fils AJA

Père et fils

Je ne pensais pas, un jour, rejouer au football de manière officielle. Encore moins à 37 ans et avec tout ce que mon Crohn m'a fait subir mais je suis motivé pour profiter à fond de frapper dans un ballon. Je veux en profiter encore un peu tant que je le peux. Et puis je vais vous avouer une chose. Si je peux prouver et montrer à mes enfants (peut-être à d'autres) que leur papa handicapé et fatigué ne s'avoue jamais vaincu alors peut-être qu'ils seront un peu fier de moi. Je suis heureux qu'ils fassent également du football, je peux transmettre une partie de ma vie, une partie de moi. Mais je leur laisse le choix de faire ce qu'ils veulent, ils doivent se faire plaisir avant tout. Le phoenix comme certains aiment me le dire. Je ne sais pas mais un jour, je me le ferais tatouer car je crois avoir prouvé plus d'une fois que je pouvais renaître de mes cendres. Que j'étais capable de me relever quelque soit les épreuves ou les douleurs. 

Au final, je dit souvent que le football m'a sûrement sauvé la vie plus à plusieurs reprises. A divers moments de ma vie, le football a été un moteur, une béquille m'évitant d'avoir de mauvaises pensée. Ce sport permet de me sentir vivant grâce aux émotions qu'elles me procurent entre la joie, la tristesse, le stress ou la peur. Je comprends très bien cette phrase de Thierry Roland après la victoire en Coupe du Monde 98 "Après avoir vu ça, on peut mourir tranquille" tellement le football nous fait vivre des choses extraordinaires que le quotidien ne nous procure pas forcément (mise à part la naissance de mes enfants).

Tout ça pour dire que faire un mini Come Back à 37 ans est pour moi juste exceptionnel et que je risque d'être ému à la fin de la première rencontre que je ferais. J'aimerais d'ailleurs que mes enfants soient-là même si je ne joue que 15 minutes. J'ai le droit d'être un peu égoïste de temps en temps, non ?

Le football est mon oxygène et j'espère encore pour longtemps. Car le jour où ça ne sera plus le cas, ça ne sera pas bon signe... En attendant, je vais tout donner et profiter un max !!!

Alors les Geeks, demain on va taper dans un ballon ?

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Kev