IMG_6251

Certains qui me connaissent savent à quel point le foot et l'AJA ont une importance non négligeable dans ma vie. Au delà du fait que ce sport est ma passion depuis que je suis petit, que l'un de mes premiers mot a été "Platini" ou que mon père m'a donné le prénom Kevin car son joueur préféré était Kevin Keegan c'est surtout que je considère que les deux m'ont permis de rester debout, de tenir quand la maladie me donnait du fil à retordre.

Atteint de la maladie de Crohn depuis 16 ans, où en janvier 2016 on me laissait 1 chance sur 10 de vivre après une opération qui s'est mal passée, je me considère comme chanceux même si j'ai des journées très difficiles. Mais je suis debout, vivant et là pour ma femme et mes trois beaux enfants. Je sais ce que c'est de se battre depuis que je suis petit. Ma maman est tombé gravement malade lorsque j'avais 2 ans puis à 8-9 ans je l'aidais pour lui éviter de trop se fatiguer sans que mes copains le sache. Le football me permettait d'évacuer et de me vider la tête.

A côté de cela, je devais me battre au quotidien pour prouver que j'étais un enfant "normal" et pas "débile", "con" ou qui vivrait sous les ponts comme ma famille aimait me le répéter. J'étais différent et cela posait un problème. A cette époque le football était déjà mon échappatoire que cela soit en jouant dans un club près d'Auxerre (Courson), soit en allant supporter mon AJA. Mon papa m'a emmené au stade dès mes 8 ans et 1989 à l'arrivée de Scifo et l'éclosion de mon joueur préféré, Christophe Cocard. Le seul lien que j'avais avec mon père et où on se comprenait. J'ai connu Liverpool 91 à l'Abbé, l'Ajax et Dortmund 93, et comment ne pas se souvenir de la première victoire en Coupe de France en 94 et de ce doublé en 96 (plus fort à mes yeux que la France en 98). L'AJA est une religion pour moi. Même quand j'entraîne j'ai gardé des valeurs de l'AJ Auxerre. 

Le football était le seule chose où je me sentais légitime. Je claquais mon argent de poche dans France Football ou l'Equipe pour lire les résumés de matchs ou encore me nourrir des analyses tactiques des coach. Mes parents m'enguelaient. Je voulais apprendre du football, pas seulement ce qui étais beau à voir mais comprendre la psychologie des joueurs, la méthode des entraîneurs, le bien fondé d'un schéma et connaître les histoires de tous. Les amis de la famille, et encore ma soeur aujourd'hui, m'appelaient "L'encyclopédie".  Le football a une place très importante dans ma vie et je ne peux que remercier ma femme d'être si compréhensive en me laissant évoluer et m'épanouir dans ce sport que j'aime. C'est ma seule activité sociale.

L' AJA au dessus de mon lit

Et puis à 21 ans (2003), on me décèle la maladie de Crohn, on me dit que ma vie de jeune est terminée. Je ne pourrais pas vivre la vie d'un jeune de mon âge, ma maladie sera trop compliquée à vivre au quotidien. Je suis sous le choc mais très vite je décide de ne pas subir et de lever la tête pour ne pas m'apitoyer sur mon sort. En 2005-2006, je subit 4 opérations à l'anus et une jambe qui gangrène où on m'annonce vouloir m'amputer. Dans ces deux cas, le football me permet de garder espoir, de garder une motivation pour me battre. Lors de la gangrène, je me bats et je vais bosser alors que ma jambe me fait souffrir en étant de plus en plus noir. Après cela je chope donc des fistules anales, je perd 25 kilos et reprend le foot deux ans après. Je me souviens les propos d'un de mes coéquipiers quelques mois après "Kevin quand tu es revenu on n'a rien dit mais nous étions tous choqué. On t'a connu solide et musclé mais là tu n'avais plus que la peau sur les os avec la difficulté de courir. On voyait bien dans quel état tu étais. Tu nous as donné de la force pour faire plus alors que toi tu venais juste pour regouter au ballon et courir avec tes potes". Je n'ai jamais pensé être courageux ou un modèle. Les pompiers sont des modèles, les enfants gravement malades sont courageux. Moi ? Je suis seulement quelqu'un comme tout le monde avec des hauts et des bas.

Lorsqu'il nous arrive cela on relativise forcément. Mais j'étais loin de me douter que la vie allait me mettre encore plus à l'épreuve. Ma famille ne voulait rien savoir et alors que je galèrais au quotidien, l'AJA me donnait du baume au coeur. J'ai encaissé mes soucis sans mes parents qui ne voulaient rien savoir de mes ennuis. Aller voir jouer mon club de coeur, aller au stade ou les écouter sur le multiplexe d'Europe 1 rendait mes semaines plus joyeuses. J'étais seul dans mon studio avec personne pour partager mes joies et mes souffrances. Hors de question de se plaindre, je lève la tête et on avance.

Le quotidien d'un malade du Crohn reste très aléatoire. Un jour j'ai dit à mon médecin "Je sais que mon état n'est pas bon mais je vous le dis, si vous me demander d'arrêter de jouer au foot c'est mort. Je préfère mourir à 30 ans et profiter que de mourir à 80 ans et de me faire chier"... Évidemment ce discours a un peu évoluer surtout depuis la naissance de mes enfants.

Quand en janvier 2016, je tombe dans le coma et qu'on me laisse 1 chance sur 10 de vivre cela bouleverse ma femme, mes enfants (Emma 5 ans et Eden 3 ans) et ma famille. Ma femme, Audrey, va faire une chose magnifique à mes yeux... Elle va accrocher le fanion de l'AJA au-dessus de mon lit en service de réanimation en me laissant un mot "Je te mets ton AJA au-dessus de toi, je sais qu'ils vont te donner de la force pour rester avec nous"... Si j'écris, c'est que je m'en suis sorti. Il y a aussi fallu que je sois sur mon lit de mort pour que mes parents réagissent et mon père appelle Bruno Blanzat pour passer un message et me donner de la force, il aura un petit mot à l'antenne et l'AJA gagnera ce soir là. Un petit clin d'oeil du destin ?

A mon réveil, je n'écrivais pas, je n'arrivais plus à parler ni à marcher. Dès que j'ai débuté la rééducation j'ai demandé au kiné de faire deux séances par jour. Hors de question de rester inactif, si je veux y arriver faut se faire violence. Deux ans plus tard, après avoir enlevé ma stomie et subie encore 4 opérations, je refoulais les terrains de football. Mais surtout j'ai pût partager ma passion avec mes deux enfants et les emmener à l'Abbé-Deschamps où ils sont devenus de très grand supporters. Eden m'a demandé y'a un mois de l'inscrire au stage de l'AJA "Je veux jouer un jour pour Auxerre et gagner la Ligeu des Champions".

Le football plus qu'un sport

Johan Radet m'a invité chaleureusement à venir oberver ces séances d'entraînements quand il gérait les U19 de l'AJA car je ne pouvais pas passer mes diplômes d'éducateur. Depuis, j'ai comblé ce manque et je vais passer mon BMF avec le conseil du cadre technique de Haute-Garonne, Pascal Despeyroux de passer le BEF "tu es le profil type d'un mec qu'on doit avoir comme technicien"... Je suis toujours flatté de cette considération alors que je ne fais que les choses par plaisir et passion. Idem quand deux amis du monde professionnelle me conseille de me former pour devenir Préparateur Mental et Psychologique dans le sport, "Tu es un gars qui connais parfaitement les gens et surtout les jeunes, ton vécu et ta façon d'être font que tous tes groupes te suivent, sans compter tes compétences et ta vision du foot qui doit être mis au service des sportifs ou des clubs. Tu n'as pas des résultats pour rien"...

Je ne peux plus exercer mon travail d'éducateur en quartier donc j'essaye de faire mon petit bonhomme de chemin dans un monde que j'aime mais où je sais que je n'ai pas forcément ma place. Si un jour ça doit le faire alors je ferais de mon mieux, je me donnerais à fond et je serais reconnaissant envers ceux qui m'auront fait confiance. Je suis qu'un petit bonhomme qui se bat pour profiter de la vie et essayer de rendre celle des autres un peu mieux.

C'est pour cela que ceux ou celles qui dénigrent le football ou d'être un supporter d'un club de Ligue 2, n'ont rien compris aux valeurs du sport et je veux leur montrer que la beauté de tout ça, va plus loin que de taper bêtement dans un ballon ou de trouver idiot d'encourager un club basique (pour eux).

Le foot a fait de moi un bon garçon (l'éducation donné par mes parents également) et donné une culture générale importante (géographie, histoires des pays ou villes, économie, etc...) mais surtout m'a permis de me donner des objectifs pour vivre avec la maladie. L'AJA c'est le coeur qui parle, l'AJA c'est mon coeur qui bat et qui palpite quand j'en parle. Ce club je me battrais pour lui tellement il m'a sorti de beaucoup de galères.

J'aime mon sport, j'aime mon AJA (ma femme et mes enfants aussi, bien sûr) et personne ne pourra me l'enlever.

Prenez soin de vous et de vos familles. Allez l'AJA !

Peace les Geeks

Kev