IMG_8914

Il est 2h38 et mes médicaments font effet, je ne dors plus. 10h après avoir perdu une nouvelle finale de coupe Tarn-et-Garonne au pénalty (0-0, 4tab3) avec les U17 de Montech et après celle perdue avec les U15 en 2017/2018 (3-3, 3tab2), la déception est toujours grande mais moins difficile que la saison dernière. La saison dernière il y avait un sentiment d'injustice par rapport à l'adversaire non fair-play, il y avait une envie de revanche sur eux, et une envie de revanche sur mon destin. De mauvais sentiments, qui font plus de mal que de bien.

Cette année, oui j'ai encore pleuré, car c'était la seconde fois que j'emmenais une équipe en finale de la coupe et que le résultats se termine pareil. Tant d'investisements pour finir comme cela, j'aurais préféré prendre 4-0. Personne, sur le moment ne peut comprendre ce que je ressent ou ce que je vis. Sauf peut-être Jurgen Klopp (qui a perdu 2 finale de LDC avant de la gagner cette saison). Je ne peux accepter qu'on me dise "c'est le foot, il y a plus grave dans la vie" dix minutes après avoir perdu, même si ces personnes ont raison. Mais justement, n'ai-je pas le droit de vivre moi aussi ce genre de moment heureux ? Est-ce que c'est trop demander après avoir souffert dans ma chaire avec 16 opérations, après avoir failli mourir et m'être relevé que de soulever un trophée avec mon groupe juste pour que je sois un peu heureux ? Et en plus le dieu du foot me fait souffrir deux années d'affilées jusqu'au bout en allant aux pénaltys. 

Les gens ne peuvent pas comprendre quels sentiments je peux avoir pendant 1h. Je suis comme mon fils, j'ai besoin qu'on me laisse tranquille. J'ai besoin d'être avec mes gars (Ju et Maxou, mes joueurs). Je n'ai rien contre mes amis qui ont gagné quelques heures avant la coupe avec les U15 et je suis même très heureux pour eux, mais sur le moment (certains très alcoolisé) ne sont pas les mieux placé pour me remonter le moral. C'est humain de se dire "Je veux être tranquille, laissez moi. Vous avez gagné, c'est cool mais moi je perds deux fois en 1 an, j'ai le droit d'être triste et vous ne pouvez pas me comprendre". Oui, il y a plus grave mais sur le moment tu n'y penses pas. Puis tout ceci s'est estompé, j'ai digéré et j'ai une très belle discussion avec une personne qui se reconnaitra. Une personne bien placé dans le foot. 

Et cette discussion m'a fait prendre conscience de deux choses. La première ce n'est pas parce que je suis fier de ce que je fais, que j'en deviens un homme prétentieux. La seconde c'est que j'ai compris que même si j'ai perdu deux finales en tant que coach, il y a un travail beaucoup plus important qui a été fait en profondeur, structurellement et humainement. Et c'est je crois le plus important.

Des trophées invisibles

Cette discussion m'a fait beaucoup de bien et permis de digérer plus facilement. Au-delà de l'aspect "y'a plus grave" c'est surtout l'aspect "regarde ce que tu as fais". Et ça dès que je suis rentré à la maison, mes enfants et ma femme m'ont fait du bien. J'ai reçu beaucoup de SMS et des témoignages venant des 4 coins du départements. Les parents qui me remercient d'avoir redonné le sourire à leur enfant en indiquant que le travail réalisé à été aussi humain envers leur fils, mes joueurs qui me remercient pour cette saison  et que grâce à moi ils ont passé la meilleure saison de leur jeune carrière, des joueurs seniors qui me disent "l'année prochaine on va te la gagner la coupe" ou encore "Je suis triste pour toi mais regarde ce que tu as fais en les prenant en novembre. Tu les as emmené à un niveau exceptionnel" ou encore des coachs adverse avec des "Kevin tu es déçu mais ce que tu fais chaque saison avec tes équipes est juste incroyable. Tu tires le meilleure de chacun de tes groupes". Tout ceci permet de relativiser. Et puis on a joué 21 matchs, 16V 3N et 2D avec 72 buts pour et 23 buts contre.

Alors au final, c'est vrai que je ne suis peut-être pas l'homme d'un coup. Je dois sûrement être un homme d'aventure, d'aventure humaine. Si je regarde bien j'ai gagné énormément de trophées invisible comme celui avec mon adjoint il y a un an quand il dit devant les parents "Je remercie Kevin car à ses côtés j'ai beaucoup appris, il m'a aidé à être meilleur dans ma vie de tous les jours", quel beau trophée non ? Est-ce que la reconnaissance d'un de tes anciens joueurs qui vient de monter en R3 qui exprime que c'est plus ou moins grâce à moi qu'il en est là alors que personne ne croyait en lui, n'est pas un autre beau trophée invisible ? Et ces deux souvenirs avec Plombières II et Bessens où j'ai été entraîneur/joueur car on n'était que 9 ou 10 à chaque match et avec en fin de saison un maintien incroyable. Qui peut se targuer d'avoir maintenu deux équipes en jouant vingt match en infériorité numérique ? Mais surtout de garder un groupe soudé malgré les difficulté. Cela n'a pas rapporté de trophée mais il y en a un plus fort, et là encore invisible, ces saisons ont uni des groupes pour toujours. 

Ou à Nègrepelisse où j'ai été traité de tocard dès mon début de saison par certains et qui avec un groupe très jeune (8 U19) on a fini 5ème d'excellence (D1) alors que même le président n'y croyait pas plus que ça. Et je ne parle pas des projets professionnels compliqué que j'ai mené à bien alors pas facile à mettre en place.

Un homme qui ne calcule pas

J'ai compris ce soir que je pouvais être fier de ce que j'ai accompli depuis quelques années. Moi, le petit garçon "bon à rien" car on ne peut pas se le cacher, notre sensibilité, notre caractère est lié à notre passé. Quand il m'arrive quelque chose de bien je le minimise car je ne veux pas m'emflammer mais c'est idiot car je ne suis pas comme ça. Cette personne avec qui j'ai discuté m'a dit "regarde ce que tu fais, regarde tous les gens qui reconnaissent ton travail, qui reconnaissent que tu fais du bien à beaucoup de monde. Ne laisse pas les médisants, les mauvaises langues t'atteindre". Et il a raison... Qui sont-ils pour me juger ?

Rien que cette année, si je fais le bilan. J'étais avec les U15 en début de saison, ils montent en R2 et gagnent la coupe Trophée Sport puis je suis monté avec les U17 en novembre car il fallait stabiliser ce groupe de qualité à la demande du Président. Au finale, on fini champion, on gagne la coupe des Playoffs, on va en finale de la coupe T&G en éliminant 3 équipes d'une division supérieur et en perdant en finale aux pénaltys encore contre une équipe supérieur. Mais surtout ce que je vois c'est que les deux groupes U15 et U17 ont gagnés cette saison, et sans accepter de prendre les U17 pour le bien du club et des joueurs, peut-être qu'un groupe n'aurais pas kiffé cette année. Résultat tout le monde a pris du plaisir et en ressort gagant. Qui aurai choisi de quitter son groupe alors dans la possibilté de tout raffler pour aller vers un groupe où le challenge était au départ très difficile ? Pas grand monde je crois.

Et puis, il y a ce gros travail tout au long de la saison pour obtenir le Label Ecole de Foot. Ca, c'est mon trophée personnel car je me suis battu et j'ai travaillé toute la saison pour l'obtenir. Et là encore ce n'est pas pour moi mais pour MON club. C'est la reconnaissance d'un bon travail collectif. Je ne calcule pas ce que je fais, je ne calcule pas pourquoi je le fais. Je le fais car je pense que c'est bénéfique pour les gens. C'est comme le fait de parler à mes joueurs, de m'intéresser à eux pour qu'ils évoluent en tant qu'homme. "Pourquoi tu te casse la tête" comme me disent certains. Mais je suis comme ça. Pourquoi je ne parle pas argent quand je parle foot ? Pourquoi je demande que 120€/mois à Nègrepelisse en faisant 3 ou 4 fois 70km par semaine pendant que les autres prennent 400€ ? Pourquoi je décide à mes frais de faire un documentaire sur l'AJA avec des jeunes de quartiers ? Pourquoi je répond au téléphone ou j'accueille chez moi des jeunes quand ils se posent des questions sur leur vie ? Je suis comme ça. Que cela plaise ou non.

Je ne calcule pas, c'est tout. Je fais les choses avec le coeur. Alors oui mon passé, fais de moi un homme sensible. Je n'ai pas la maladie de Crohn pour rien, mais je sais que je suis sincère, honnête, fidèle et surtout pas méchant. Je vais tout faire pour toucher du doigt un rêve, devenir préparateur mental car je crois sincèrement que j'ai une carte à jouer, que j'en ai les capacités et que je peux aider du monde comme je l'ai toujours fais dans mon ancien travail et dans le foot. Je crois pouvoir amener ma vision, mes valeurs et aider un club pro ou des sportifs de haut niveau. Je veux toucher du doigt ce rêve et montrer, encore une fois, que le petit garçon qui devait vivre sous un pont à réussi là où personne ne croyait en lui. Je vais continuer à passer mes diplomes d'entraineur avec le BMF en 2019/2020 et on verra si j'ai les capacités physique pour le BEF mais mon objectif aujourd'hui est de continuer à aider, je l'ai toujours fais et je le ferais toujours. Je ne dois pas me tromper d'objectifs et un jour je la gagnerais cette foutue coupe !

Je me suis construit, je me suis battu et je me suis toujours relevé. Ce n'est pas aujourd'hui que cela va changer, je suis ce que je suis, et je le suis avec fierté.

Merci à tous et toutes.

Kev